Analyse du projet de fermeture de Classe

Fermeture de classe à Courson-Monteloup

Le contexte

Courson et son École

Courson-Monteloup, petite commune Essonnienne de 577 habitants, 1 Mairie, 1 machine à pain alimentée par la boulangerie de la commune voisine, 0 commerces et … une école ! L’école Henry Peyret de Courson-Monteloup a ouvert ses portes aux enfants en 1881, date à laquelle la loi Ferry rend l’école obligatoire, laïque et gratuite. Elle siège fièrement au centre du village, attenante à la Mairie.

L’école est le seul lieu de vie du village” aime rappeler le M Artore, Maire de la commune depuis 17 ans, “c’est elle qui assure le gros de la cohésion sociale dans le village”. Le statut de l’école dans le village est également visible dans les projets que développent la municipalité puisqu’au cours des deux derniers mandats, la mairie a construit un nouveau bâtiment écologique pour accueillir les élèves de la classe élémentaire dans de bonnes conditions, ainsi qu’un “city stade” non loin de l’école, pour palier au manque d’installations sportives du village pour les activité sportives des enfants.

L’équipe enseignante actuelle utilise ses installations sportives communales. “C’est une équipe très dynamique” affirme l’un des parents d’enfants scolarisés à l’école. “Ils réalisent plein de projets, comme la chorale, les sorties vélo” ajoute-t-il en poursuivant son explication sur le nouveau climat de confiance qui s’est installé entre les parents et l’équipe d’enseignants titulaires. 

Une relation parents-école qui est elle aussi dynamique comme en témoignent les trois “cafés des parents” organisés par le directeur de l’école, qui, en dehors du temps scolaire, propose aux parents de se réunir pour discuter de sujets en lien avec la pédagogie et la vie des enfants à l’école et en communauté. Récemment, le directeur a également proposé aux parents de noter l’activité physique quotidienne de leurs enfants, pour laquelle chaque quart d’heure est converti en nombre de kilomètres avec pour objectif d’effectuer un tour du monde où chaque étape est l’occasion d’une ouverture culturelle avec les enfants. Un bonus de kilomètres est même possible si l’activité physique est réalisée en famille ou si le temps d’écran est en deçà de 2h par jour toute la semaine.

Projet de fermeture de classe

La Mairie a appris en février dernier, et sans aucune consultation préalable, le projet de fermeture d’une classe par l’Éducation Nationale, en dépit de son importance pour le village, et d’un fonctionnement dont tout le monde se félicite, 

C’est un choc pour l’équipe municipale comme pour les parents d’élèves” rapporte M. Artore, rappelant alors qu’Emmanuel Macron avait pourtant promis que ces fermetures ne pourraient se faire sans une concertation préalable avec la commune. “On marche sur la tête, ils décident de fermer une classe sans même connaître les dépenses publiques engagées dans l’entretien de la structure, qui reste à notre charge, et c’est une charge importante pour nos petites communes” continue le Maire.

Les représentants des parents d’élèves ont pris rendez-vous avec l’inspecteur académique, M. Hodges, afin de plaider la cause de l’école. “Visiblement nous sommes face à un mur” rapporte l’un des représentants des parents d’élèves, avant d’expliquer que la réunion avait mal commencé suite au désaccord sur la méthode de comptage des élèves. “Ils ne veulent même pas compter les enfants qui sont inscrits en Mairie pour la rentrée, sous prétexte qu’ils ne sont pas du village et pourraient changer d’avis” explique ce parent. Les règles sont ainsi faites qu’en dépit de leur présence prévue, certains enfants ne sont pas comptabilisés par l’Éducation Nationale avant qu’ils soient effectivement présents au sein de l’école. “Pour l’Education nationale ils seront 46” rapporte ce parent, alors que la Mairie compte 50 enfants pour la rentrée. Les quelques enfants en plus, qui pourraient justifier d’un maintien de la classe occuperont néanmoins une place sur les bancs de l’école à la rentrée, mais ne seront comptabilisés que pour la rentrée 2026.

Le dogme des effectifs

C’est la directrice académique des services de l’Éducation Nationale (DASEN), qui prendra la décision finale quant à la fermeture ou le maintien. Celle-ci se base sur de multiples critères dont on peut regretter qu’ils ne soient pas clairement et publiquement définis, mais au sein desquels les effectifs d’enfants par classe tiennent une place centrale, très loin devant tous les autres.

S’il est clair pour tous qu’il constitue un paramètre important pour la qualité de l’enseignement, le nombre d’élèves par classe n’est cependant pas le seul à la déterminer et il peut cacher une réalité complexe. Les enseignants sont-ils débutants ou expérimentés ? Combien d’enfants sont en difficulté et motivent des programmes particuliers (PPRE) ? Combien sont en situation de handicap ? Autant de paramètres qui viennent nuancer l’impact accordé à un effectif donné. 

Les écoles d’Essonne

Le graphique suivant montre la distribution de toutes les écoles primaires de l’Essonne, en fonction du nombre de classes qui les constituent, et du nombre moyen d’enfants par classe. On voit que malgré une diversité assez importante d’une école à l’autre, l’essentiel se regroupe autour d’une dizaine de classes avec environ 24 enfants par classe.

Le graphique montre également une certaine asymétrie dans la distribution des effectifs moyens par classe. En effet, s’il est possible d’aller vers des plus grands effectifs de l’ordre de 27, il est beaucoup plus rare que l’Éducation Nationale permette des effectifs plus petits, comme en témoigne la baisse importante en deçà de ce nombre.

Cette baisse abrupte du nombre d’écoles aux effectifs moyens inférieurs à 24 élèves par classe n’est cependant pas aussi marquée pour les écoles à petit nombre de classes. En effet, la distribution des écoles constituées d’au plus 4 classes est assez plate et surtout s’étale bien en deçà des 24 élèves, jusqu’à  environ 16.

Cette différence marquée dans la distribution des effectifs, c’est la problématique des petites écoles rurales à laquelle nous allons venir ci-dessous.

Courson-Monteloup : emblème du problème des Écoles rurales

Dans le graphique précédent, nous avons placé les effectifs de Courson-Monteloup à la rentrée 2025, dans l’hypothèse d’une conservation des 3 classes, et dans celle d’un passage à deux classes.

Dans l’hypothèse de 3 classes, les 50 élèves de l’école Henry Peyret amènent la moyenne à 16.67 enfants par classe, c’est-à-dire assez en dessous du cœur des écoles d’Essonne. Et l’on pourrait dire que le passage à 2 classes a pour but de ramener l’école dans le troupeau départemental, en la ramenant à 25 enfants par classe en moyenne.

Cette analyse rapide, que l’on pourrait sans mal imaginer être un argument de la DASEN pour motiver la suppression de classe, manque cependant la spécificité des écoles rurales que nous abordons à présent.

Concentrons nous donc sur ces écoles rurales, et par soucis de comparaison avec Courson-Monteloup, sur le cas particulier des écoles qui regroupent à la fois du pré-élémentaire (la maternelle) et toutes les classes élémentaires. Occupons nous des petites écoles aux effectifs inférieurs à 65 élèves au total. En 2023, il y avait 8 écoles de ce type dans toute l’Essonne. Toutes des petites communes rurales, leur population, visible sur le graphique ci-dessous, montre qu’aucune ne voit sa population dépasser les 650 habitants.

Le graphique suivant montre les effectifs moyens par classe dans ces petites écoles rurales, qu’y voit-on ?

Premièrement, comme déjà évoqué, la distribution des effectifs moyens est assez grande et s’étale entre 16 et 25 enfants par classe. Certaines de ces écoles ont 2 classes, et d’autres, minoritaires, 3 classes. 

Les écoles ayant 3 classes voient leurs effectifs moyens plus resserrés, entre 18.6 pour Janvry et 21 pour Echarcon. Courson-Monteloup, en 2023, se trouvait à mi-chemin, avec 20.6 enfants par classe. Rappelons que ces écoles accueillent des enfants de la maternelle au CM2, avec des enfants présents dans tous les niveaux. Les classes de ces écoles sont donc obligatoirement des doubles voire triples niveaux. Le cas des écoles avec deux classes est plus compliqué. Ces écoles là aussi regroupent tous les niveaux de la maternelle au CM2, soit entre 6 et 8 niveaux (selon le nombre de niveaux de maternelles), impliquant nécessairement la formation de classes à quadruple-niveaux !

Les classes multi-niveaux « sont une richesse » pour les enfants, selon la DASEN, rapporte M. Artore suite leur conversation téléphonique. Si l’on peut entendre qu’abolir l’arbitraire séparation des enfants par niveaux peut être source de développement de l’autonomie, de l’entraide inter-âge, il faut toutefois préciser que c’est un argument fortement conditionné par l’effectif moyen par classe. S’il semble raisonnable pour des effectifs de 15-16 enfants, il est très difficile d’imaginer un enseignant gérer plus de 25 enfants en quadruple niveaux.

Cette situation est cependant celle qui se profile à l’école de Courson-Monteloup. Comme l’indique le graphique, un passage à deux classes pour cette petite école la fait bondir de 20.6 à 25 enfants par classe, qui dans la réalité serait 23 et 27 enfants dans chacune d’elle, respectivement.

Un instituteur pour 26 élèves, qui doit quotidiennement assumer les niveaux du CE1, CE2, CM1 et CM2. La tâche s’annonce compliquée pensez-vous ? 

C’est sans compter que ces effectifs incluront 8 enfants en difficultés et qui doivent être suivis dans le cadre d’un « programme personnalisé de réussite éducative” (PPRE), un plan d’actions pouvant être mis en place quand votre enfant rencontre des difficultés d’apprentissage dans sa scolarité, et d’un élève en situation de handicap (après déposition d’un dossier auprès de la Maison Départementale des Personnes en situation de Handicap, MDHP). 

Mais ça n’est pas tout, cet instituteur devra également assumer la direction de l’école, alors qu’il perd l’essentiel de sa décharge d’enseignement prévue à cette fin avec le passage à 2 classes.

« L’équipe restera dynamique » même dans ces conditions, selon M. Hodges, l’inspecteur académique, d’après le récit des parents d’élèves alors qu’ils exprimaient leurs inquiétudes à l’idée de briser la dynamique actuelle de l’école. On peut l’espérer, mais force est de constater que l’équipe est constituée actuellement d’enseignants titulaires, qui bénéficient ainsi du droit de choisir une autre affectation, pour fuir des conditions que l’on peine à imaginer comme extraordinairement compliquées.

« Les témoignages d’enseignants vivant cette situation ne sont pas rassurants » raconte l’un des parents. Burn-out, stress, tensions, difficultés à trouver des enseignants pour l’école, et à terme la promesse de voir des parents tenter de retirer leur enfant de l’école, au prix du confort actuel de les y accompagner à pied, au centre du village. 

« Et à terme peut-etre c’est l’école qui fermera ? » confie l’un des parents, « et le village avec » ajoute-t-il. Le maire aussi, M. Artore, rappelle que l’association des Maires de France avait déjà ouvert le débat auprès des parlementaires, sur l’impact des fermetures d’écoles et de classes dans les petites communes rurales, où l’école est souvent « l’organe vital et le siège de la cohésion sociale ». 

Mobilisation

Le 31 mars 2025, les habitants, parents, élus locaux, se réunissent afin de contester ce projet de fermeture. Une pétition en ligne atteint déjà plus de 1160 signatures, une belle mobilisation pour un si petit village. Au programme de la journée, enterrement symbolique de la classe, auquel est invité l’inspecteur d’académie. Villageois et parents, réunis aux portes de l’école restées fermées pour la journée, brandissent banderoles et pancartes portant essentiellement toutes le même message : NON à la fermeture de la classe !

toutes les données sont disponibles sur data.education.gouv.fr